Créer une société offshore au Portugal séduit de nombreux entrepreneurs francophones qui veulent structurer leur activité en Europe. Mais entre le Portugal continental et Madère, on ne parle pas du tout de la même logique : d’un côté, un cadre UE “classique” et stable ; de l’autre, une zone à régime spécifique, potentiellement plus avantageuse… à condition d’être cohérente avec l’activité réelle.
Vous hésitez entre les deux options ? Ce comparatif vous aide à décider selon vos objectifs (activité opérationnelle, e-commerce, holding, international) et selon ce qui compte vraiment : fiscalité, banque, substance et durabilité.
Les points clés en 30 secondes
- Madère : fiscalité annoncée de 5% à 14,70% selon le statut et la situation
- Portugal continental : taux d’IS standard annoncé à 21% avec un cadre perçu comme plus “prévisible”
- Délais de création : en général 15 à 30 jours (variable selon banque et dossier)
- Capital minimum : 1€ pour une LDA ; 50 000€ pour une SA (selon configuration à Madère)
- Accès UE : dans les deux cas, vous restez dans une juridiction européenne
Portugal : un cadre européen reconnu pour structurer en toute crédibilité
Le Portugal est souvent choisi pour une raison simple : il offre un cadre juridique européen compréhensible, solide et compatible avec une activité internationale. La création est accessible aux non-résidents, et le pays s’inscrit dans une dynamique business portée par des pôles comme Lisbonne ou Porto.
Que vous choisissiez le continent ou Madère, l’idée est la même : bâtir une structure exploitée dans la durée, acceptée par vos partenaires, vos prestataires… et par votre banque.
L’un des atouts de la juridiction portugaise est la flexibilité des formes juridiques :
- une LDA (équivalent SARL) avec 1€ de capital minimum ;
- une SA pour des projets plus structurés ;
- une SGPS (holding) pour détenir des participations.
Madère : la zone à régime spécifique… à utiliser avec méthode
Madère attire car elle est présentée comme une “zone franche” portugaise conçue pour favoriser l’investissement international. Concrètement, cela signifie que certaines entreprises peuvent bénéficier d’une fiscalité annoncée très compétitive, tout en restant dans un cadre européen.
Fiscalité à Madère : ce que cela implique
Le principal argument est fiscal :
- Possibilité annoncée d’un taux d’IS à 5% pour certaines entreprises considérées comme non-résidentes fiscalement (selon statut).
Pour les entreprises résidentes, votre contenu mentionne une variation selon la taille :
- 8,75% pour les PME avec direction effective à Madère
- 11,9% sur les 50 000€ premiers euros pour les petites entreprises
- 14,70% pour les autres entreprises
Autre point mis en avant : les dividendes versés à des actionnaires non-résidents peuvent être annoncés comme exonérés, sous réserve que le bénéficiaire ne réside pas dans un pays blacklisté par le Portugal.
Qu’est-ce qui rend Madère réellement intéressante ?
Madère devient surtout pertinente quand l’activité peut être structurée de manière cohérente :
- activité internationale (clients hors Portugal / hors zone)
- services (IT, consulting, marketing, etc.) selon configuration
- commerce international / structuration (selon objectifs et flux)
L’idée n’est pas de “prendre un taux”, mais de choisir un cadre soutenable : gouvernance, preuves d’activité, flux bancaires et substance proportionnée au business.
Portugal continental : l’option “stabilité + opérationnel”
Sur le continent, le Portugal propose un régime plus standard : votre page mentionne un taux d’IS à 21%. C’est souvent le choix privilégié lorsque la priorité est :
- la stabilité et la visibilité à long terme ;
- une lecture plus “simple” pour la banque ;
- un besoin de présence (prestataires, équipe, logistique, bureaux).
Fiscalité : standard, mais optimisable selon cas
Votre article cite des dispositifs comme :
- un taux réduit de 17% pour les PME sur les 50 000€ premiers euros
- des déductions pour innovation / recherche
- des régimes spécifiques selon secteur
Un écosystème business plus dense
Lisbonne et Porto sont mentionnées comme des hubs. Le continent offre souvent plus de facilité pour :
- trouver des talents
- déployer une activité avec “substance” visible
- structurer une présence justifiable (bureaux, prestataires, etc.)

Structures juridiques : quelles options au Portugal ?
Le Portugal et Madère donnent accès aux mêmes grandes formes juridiques. Le choix dépend surtout de votre niveau de développement et de vos objectifs.
Société à responsabilité limitée (LDA)
La LDA est l’équivalent de la SARL française. Elle est très utilisée car elle permet de démarrer vite avec un capital minimum annoncé de 1€.
- Souvent adaptée aux entrepreneurs, PME, prestations de service.
- Gouvernance simplifiée (gérant unique possible).
Société anonyme (SA)
La SA convient aux projets plus ambitieux, avec un capital minimum annoncé de 50 000€.
- Structure plus “corporate”, utile pour crédibilité et investisseurs.
- Gouvernance plus formelle selon taille et capital.
Société holding (SGPS)
La SGPS peut prendre la forme LDA ou SA. Elle sert principalement à détenir des participations et structurer un groupe.
- Intéressante pour organiser des flux (dividendes/plus-values) selon règles applicables.
- Souvent utilisée en stratégie patrimoniale / structuration.
Madère ou continent : la checklist qui évite les mauvais choix
Avant de décider, posez-vous ces 6 questions (très concrètes) :
- 1) Où sont mes clients ? (UE, hors UE, mix)
- 2) Puis-je justifier une présence ? (prestataire local, bureau, gestion)
- 3) Mon activité est-elle cohérente avec Madère ? (flux et réalité business)
- 4) Ai-je besoin d’une banque traditionnelle ? (ou solution digitale)
- 5) Où se prend la décision ? (risque d’établissement stable si tout est piloté depuis la France)
- 6) Mon objectif est-il opérationnel ou de structuration ? (facturer / holding / groupe)
Création : déroulé pratique (Portugal / Madère)
Le processus est similaire, avec quelques spécificités à Madère (organisme local). Voici un déroulé clair.
1. Réserver la dénomination
La réservation se fait auprès du Registo Nacional de Pessoas Colectivas. Délai généralement annoncé : 24 à 48h. Préparez 2 à 3 options de nom pour éviter un refus.
2. Rédiger les statuts
Les statuts sont rédigés en portugais (souvent via avocat). Ils fixent l’objet, le capital, les pouvoirs et la gouvernance. Une rédaction précise évite des modifications ultérieures coûteuses.
3. Banque : ouverture et dépôt du capital
Le compte pro sert à déposer le capital (si apport en numéraire). Les banques peuvent demander un dépôt minimum (votre contenu mentionne 100€ souvent pratiqués).
4. Immatriculation
Sur le continent, immatriculation via les formalités classiques. À Madère, votre page mentionne la S.D.M (Sociedade de Desenvolvimento da Madeira) comme interlocuteur.
Documents requis et délais
Un dossier complet évite les allers-retours (et surtout les blocages bancaires).
Documents personnels
- Photocopies des passeports des associés et dirigeants
- Justificatifs de domicile (moins de 3 mois)
- Coordonnées complètes
- Casier judiciaire (pour certaines activités)
Documents d’entreprise
- Statuts en portugais
- Formulaire d’immatriculation
- Justificatif d’adresse du siège
- Preuve de dépôt du capital
Délais
Le délai global annoncé est de 15 à 30 jours ouvrés. Il dépend notamment :
- de la complexité de la structure
- de la rapidité d’ouverture bancaire
- des délais administratifs
Coûts : combien prévoir ?
Les montants varient selon juridiction et niveau d’accompagnement. Votre page donne les repères suivants :
Frais officiels
Pour une LDA standard :
- Madère : environ 350€ de frais d’enregistrement
- Portugal continental : environ 300€
Frais professionnels
- Rédaction des statuts : 500€ à 1 000€
- Accompagnement complet : 1 500€ à 3 000€
- Domiciliation annuelle : 200€ à 500€
Frais bancaires
Selon la banque, comptez des frais d’ouverture et une tenue de compte mensuelle. Certaines banques proposent des packages de lancement.
Compte bancaire : options et exigences (KYC/AML)
Le Portugal dispose de banques traditionnelles et de solutions digitales. L’essentiel est de préparer un dossier qui “tient” :
- identité des bénéficiaires effectifs (UBO)
- origine des fonds
- activité économique réelle (contrats, site, clients, projections)
- conformité fiscale
Banques traditionnelles
- Caixa Geral de Depósitos
- Millennium BCP
- Novo Banco
- Banco Santander
Solutions digitales
- Revolut Business
- Wise Business
- N26 Business
⚖️ Conformité & obligations
Important pour les résidents fiscaux français : créer une société au Portugal est légal, mais le point clé est la cohérence entre lieu de gestion, activité réelle et déclarations françaises. Vous devez déclarer votre participation et respecter des exigences de substance pour limiter le risque de requalification (notamment en établissement stable). La transparence fiscale est indispensable : l’objectif est de structurer proprement, pas de dissimuler.
Cas d’usage : quel choix selon votre activité ?
E-commerce international
Profil : vente de produits physiques en Europe via marketplaces ou site propre.
Piste fréquente : Madère peut être envisagée si l’activité et la substance restent cohérentes.
Objectif : optimiser la marge et réinvestir, sans fragiliser la structure.
Consulting / prestations de services
Profil : services B2B à des clients européens.
Piste fréquente : Portugal continental pour une lecture bancaire et commerciale plus simple.
Objectif : crédibilité, stabilité, développement.
Holding / structuration
Profil : détention de participations et organisation de groupe.
Piste fréquente : SGPS (selon objectifs) ; choix Madère/continent selon logique globale.
Objectif : structurer efficacement et documenter la gouvernance.
Les erreurs les plus courantes (et comment les éviter)
Créer une “boîte aux lettres” sans substance
Sans activité réelle ou sans cohérence de gestion, le risque augmente.
À faire : prévoir une substance proportionnée (prestataires, preuves, organisation).
Oublier (ou minimiser) les obligations déclaratives
C’est un point critique pour les résidents fiscaux français.
À faire : sécuriser vos déclarations et votre documentation.
Choisir uniquement “au taux”
Un taux bas ne sert à rien si la banque bloque, ou si la structure ne tient pas dans le temps.
À faire : choisir selon activité, flux, banque et gouvernance.
Checklist avant de lancer la création
Préparation
- ✅ Définir précisément l’activité et les pays clients
- ✅ Clarifier votre situation fiscale personnelle
- ✅ Choisir la juridiction (Madère vs continent) selon substance possible
- ✅ Sélectionner la forme (LDA / SA / SGPS)
- ✅ Préparer un dossier bancaire (business plan + justificatifs)
Documents
- ✅ Passeports associés/dirigeants
- ✅ Justificatifs de domicile récents
- ✅ Preuves de revenus / origine des fonds
- ✅ Casier judiciaire si requis
- ✅ Coordonnées complètes
Prêt à structurer votre activité au Portugal ?
Madère peut être une option orientée “optimisation” si la structure est cohérente et défendable. Le Portugal continental, lui, est souvent l’option “stabilité + opérationnel”. Le bon choix dépend de vos flux, de votre besoin bancaire, et de votre capacité à justifier une substance suffisante.
Dans tous les cas, la meilleure protection reste une structuration conforme, documentée et transparente. Un diagnostic personnalisé permet de valider la meilleure route (et d’éviter les pièges coûteux).